Lorsqu'on parle de tatouage et de Thaïlande, il y a un mot qui revient souvent dans les discussions : SAK YANT .

Véritable talisman corporel pour les uns, « simple » souvenir d’Asie pour les autres, que se cache-t-il derrière cette pratique brahmanique ancestrale ?

Jadis plébiscité par un nombre restreint d’initiés, ce tatouage traditionnel a vue sa cote de popularité exploser depuis qu’Angelina Jolie a décidé, en 2003, de se faire tatouer par AJARN NOO KANPAI, un des plus célèbre maître (= Ajarn ) du tatouage sacré, au Wat Bang Phra situé à 60 km de Bangkok.

Egalement appelé YANTRA, le SAK YANT trouve son origine dans le brahmanisme du IIIème siècle av. JC., à une époque où les adeptes de l’Indouïsme craignaient que leur religion disparaisse. En se faisant tatouer les écritures sacrées et autres mantras sur le corps, ils s’assuraient de les porter toujours avec eux. Il intégra les pratiques du bouddhisme Thaïlandais vers le Xème siècle de notre ère.

Wat Bang Phra l'un des temples du Sak Yant les plus célèbres de Thaïlande

Tous les ans, en mars, des milliers de personnes se rassemblent au temple de Wat Bang Phra à l’occasion du Sak Yant Wai Kru Festival. Durant cette cérémonie les disciples tatoués rendent hommage à leur Ajarn . Le Wai Kru (ou Khru) qui signifie « salutation aux maîtres » est également pratiqué dans le Muay Thaï avant chaque combat. A voir, cette superbe vidéo d’ Expert Vagabond 

SAK signifie « Taper » et YANT « motifs géométriques sacrés »

En fonction du motif , il peut apporter la chance, protéger contre le mauvais sort ou encore donner à celui qui le porte des pouvoirs mystiques. Le SAK YANT est écrit en Pali, une ancienne langue indo-européenne qui est utilisée, encore aujourd’hui, comme langue liturgique dans le bouddhisme theravada.

Il existe plusieurs types de SAK YANT, à savoir que tous ne sont pas visibles. En effet, certains tatouage, notamment pour les femmes, sont réalisés avec de l’huile de Sésame. Ainsi il ne sont pas apparents mais gardent leur propriétés magiques.

Le SAK YANT est fait au moyen d’un SAK MAI (tige de bambou) ou d’un SAK KHEM (tige de métal) .

L’un des plus répandus est le tatouage à motifs géométriques, le Yant Gao Yord qui possède un fort pouvoir magique , aide à lutter contre les malédictions et apporte la chance à son détenteur.

Sakyant - Yant Gao Yord

Un autre également très prisé est le 5 lignes ( Ha Taewou ou Ha Taew ) de prière (se lisent de droite à gauche) pour : La protection – Le renversement du mauvais karma – Contre les malédictions – Pour la chance et la fortune – Le renforcement du charme et de l’attractivité.

Sak Yant - Ha Taew

Les animaux sont des tatouages de totémisation. Ils permettent à leur porteur d’acquérir les caractéristiques de l’animal tatoué. Par exemple, la tortue pour la longévité, l’éléphant pour sa capacité à surmonter les obstacles, le tigre pour sa force, le cochon pour l’argent et la santé. Certains tatoués peuvent même rentrer dans une transe « interactive » avec l’animal tatoué !

Sak Yant tigre

Les personnages apportent chacun un pouvoir propre à leur représentation. Il existe un nombre incalculable de motifs, ceux cités ci-dessus étant les plus répandus.

Il est vrai que dans de nombreux lieux touristiques, les motifs SAK YANT sont à la mode. Cependant même s’ils en ont la forme, ce ne sont pas pour autant tous de véritables tatouages magiques. Ce dernier doit être réalisé par un maître (Ajarn) de la wisha (magie), un Ruesi ou par un moine bouddhiste . Plus le moine sera respectueux des préceptes bouddhistes, plus le tatouage sera puissant.

La plupart du temps, c’est le moine qui choisira votre motif en fonction de votre parcours de vie et de la vocation souhaitée du tatouage. Il peut soit vous l’imposer, soit vous conseiller .

Oui, si votre comportement ne lui plaît pas ou s’il ressent que vous n’êtes pas une « bonne » personne il pourra refuser de vous tatouer . La relation entre le tatoueur et le tatoué a toute son importance .

Pas forcément. Il peut arriver que vous soyez obligé de faire « réactiver » votre tatouage lors d’une nouvelle cérémonie.

Même si certains tatoueurs utilisent de l’encre industrielle, cette dernière est le plus souvent mélangée à des herbes pour renforcer leur pouvoir magique. Certains prétendent même qu’on y ajoute quelques gouttes de venin de serpent.

Ne pensez pas que se faire tatouer est devenu banal et sans danger. Même sans parler de SAK YANT, il y a toujours un risque à se faire tatouer. Il suffit juste de tomber sur un tatoueur peu scrupuleux qui ne change pas ses aiguilles ou qui ne désinfecte pas son matériel.

Se faire tatouer est un acte qui nécessite une véritable réflexion et encore plus quand il s’agit de SAK YANT.

Outre la démarche spirituelle nécessitant à elle seule un minimum d’implication personnelle, le SAK YANT n’est pas réalisé dans les conditions aseptisées que vous pourrez trouver dans un « bon » salon de tatouage. Les risques de transmission du VIH et autres « saloperies » du genre ne sont pas à ignorer. S’agissant d’une démarche spirituelle, c’est à chacun de prendre ses responsabilités. Par contre, toute personne porteuse d’une infection ne doit pas se faire tatouer au risque de contaminer l’encre et donc les prochains tatoués.

Pour que le tatouage soit efficace et conserve ses propriétés magiques, le porteur d’un SAK YANT doit respecter au moins les cinq premiers préceptes bouddhiques à savoir :

  • ne pas faire de mal aux êtres vivants,

  • ne pas voler,

  • ne pas avoir de comportement sexuel inconvenant,

  • ne pas mentir,

  • ne pas consommer de drogues ni de boissons enivrantes

Oui bien sûr ! Par contre, si ce dernier est réalisé par un moine, il sera placé dans la nuque ou sur l’épaule. De plus, le moine ne pourra pas vous toucher et sera sûrement assisté.

Tout dépend où et par qui il est fait . Il y a quelques années de cela, je vous aurais dis une offrande et quelques bahts symboliques suffisent. Même si cela est encore le cas dans certains temples, la démocratisation du SAK YANT et une certaine désacralisation touristique, ont considérablement changé les choses. Après quelques recherches ça et là, un maître SAK YANT pourra vous facturer entre de 20 et 40 bahts /cm2. Mais cela n’est qu’un estimatif. Après le prix peut également varié en fonction de la notoriété du maître, du type de protection demandée, de la grandeur du Sak Yant.

L’interdiction de tatouer des Bouddhas ne concerne pas le SAK YANT car ce dernier, de par son caractère sacré, est en accord avec la doctrine Bouddhique.

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